Tartane et le ballet des pêcheurs

5 Jul 2018

 

Murmure autour de ma nacelle,


Douce mer dont les flots chéris,


Ainsi qu’une amante fidèle,


Jettent une plainte éternelle


Sur ces poétiques débris.

 

Souvent, dans ma barque sans rame,


Me confiant à ton amour,


Comme pour assoupir mon âme,


Je ferme au branle de ta lame


Mes regards fatigués du jour.

 

 

 

Comme un coursier souple et docile


Dont on laisse flotter le mors,


Toujours, vers quelque frais asile,


Tu pousses ma barque fragile


Avec l’écume de tes bords.

 

 

Aussi pur que dans ma paupière,


Le jour pénètre ton flot pur,


Et dans ta brillante carrière


Tu sembles rouler la lumière


Avec tes flots d’or et d’azur.

 

 

 

De l’infini sublime image,


De flots en flots l’oeil emporté


Te suit en vain de plage en plage,


L’esprit cherche en vain ton rivage,


Comme ceux de l’éternité.

 

 

 

 

 

Que je t’aime, ô vague assouplie,


Quand, sous mon timide vaisseau,


Comme un géant qui s’humilie,


Sous ce vain poids l’onde qui plie


Me creuse un liquide berceau.

 

 

 

Que je t’aime quand sur ma poupe


Des festons de mille couleurs,


Pendant au vent qui les découpe,


Te couronnent comme une coupe


Dont les bords sont voilés de fleurs!

 

 

Qu’il est doux, quand le vent caresse


Ton sein mollement agité,


De voir, sous ma main qui la presse,


Ta vague, qui s’enfle et s’abaisse


Comme le sein de la beauté !

 

 

*  *  *  *

 

Poème extrait de Adieux à la mer

d'Alphonse de Lamartine

 

 

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