Tartane et le ballet des pêcheurs


Murmure autour de ma nacelle,

Douce mer dont les flots chéris,

Ainsi qu’une amante fidèle,

Jettent une plainte éternelle

Sur ces poétiques débris.

Souvent, dans ma barque sans rame,

Me confiant à ton amour,

Comme pour assoupir mon âme,

Je ferme au branle de ta lame

Mes regards fatigués du jour.

Comme un coursier souple et docile

Dont on laisse flotter le mors,

Toujours, vers quelque frais asile,

Tu pousses ma barque fragile

Avec l’écume de tes bords.

Aussi pur que dans ma paupière,

Le jour pénètre ton flot pur,

Et dans ta brillante carrière

Tu sembles rouler la lumière

Avec tes flots d’or et d’azur.

De l’infini sublime image,

De flots en flots l’oeil emporté

Te suit en vain de plage en plage,

L’esprit cherche en vain ton rivage,

Comme ceux de l’éternité.

Que je t’aime, ô vague assouplie,

Quand, sous mon timide vaisseau,

Comme un géant qui s’humilie,

Sous ce vain poids l’onde qui plie

Me creuse un liquide berceau.

Que je t’aime quand sur ma poupe

Des festons de mille couleurs,

Pendant au vent qui les découpe,

Te couronnent comme une coupe

Dont les bords sont voilés de fleurs!

Qu’il est doux, quand le vent caresse

Ton sein mollement agité,

De voir, sous ma main qui la presse,

Ta vague, qui s’enfle et s’abaisse

Comme le sein de la beauté !

* * * *

Poème extrait de Adieux à la mer

d'Alphonse de Lamartine

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